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Des chercheurs suisses remettent en question des milliers de diagnostics suspects de mpox au Congo
Une analyse menée par l’Université de Genève sur plus de 2 700 échantillons suggère que près de 35 % des tests de dépistage du mpox effectués dans certaines régions de la République démocratique du Congo contenaient de l’ADN viral provenant d’une contamination environnementale, et non d’une véritable infection. Ces résultats pourraient modifier sensiblement les estimations de l’ampleur de l’épidémie et la conception des réponses de santé publique.

Près de 35 % des plus de 2 700 échantillons prélevés chez des personnes suspectées d’avoir le mpox pourraient refléter une contamination plutôt qu’une infection. C’est la conclusion d’une analyse menée par l’Université de Genève, qui pourrait contraindre les autorités sanitaires de la République démocratique du Congo à revoir leurs estimations de l’épidémie et à reconsidérer le recours aux tests, à l’isolement et à la vaccination.
L’équipe internationale a examiné des échantillons prélevés entre avril 2024 et avril 2026 à Goma, Kamituga, Kinshasa et Uvira. L’étude a été publiée dans The Lancet Infectious Diseases, selon l’Université de Genève et Swissinfo.ch.
Ce résultat est important, car un test PCR positif peut déclencher toute une série de décisions de santé publique. Les personnes testées peuvent recevoir un traitement, être placées en quarantaine ou être comptabilisées dans les données officielles de surveillance. Si de l’ADN viral présent dans l’environnement est pris à tort pour la preuve d’une infection active, ces mesures peuvent concerner des personnes qui n’ont jamais été infectées.
Les chercheurs ont identifié deux groupes distincts de résultats. Le premier révélait une charge virale élevée, compatible avec une infection. Le second dépassait à peine le seuil de détection, ce qui suggère la présence de traces résiduelles plutôt que celle d’un patient atteint d’une infection active. Ce constat ne diminue en rien le lourd bilan sanitaire du mpox en Afrique centrale. Il souligne la nécessité de distinguer les infections réelles des échantillons contaminés.
Les chercheurs retracent l’ADN viral jusqu’à l’environnement des cliniques
Des tests de surface menés dans deux centres de santé ont révélé la présence d’ADN du mpox dans l’environnement. Selon les chercheurs, des traces virales sur les surfaces ou dans l’air peuvent persister plusieurs semaines et contaminer des échantillons prélevés ou manipulés ultérieurement.
Ces éléments permettent d’expliquer pourquoi certains résultats ne révélaient qu’un signal minime. Un test qui atteint à peine le seuil de détection peut indiquer une véritable infection, mais aussi détecter des résidus présents dans une clinique ou un autre établissement de santé. La comparaison des charges virales a permis à l’équipe de distinguer ces deux profils.
Cette distinction est particulièrement importante dans les établissements qui prennent en charge un grand nombre de cas suspects. Les contacts fréquents avec les patients, le matériel et les surfaces cliniques accroissent le risque que du matériel viral se propage au-delà de la personne qui en était initialement porteuse. La contamination ne signifie pas que le personnel de laboratoire a commis une faute. Elle montre que les systèmes de dépistage doivent tenir compte des lieux où les échantillons sont prélevés.
L’Université de Genève a indiqué qu’une identification rapide et précise reste essentielle pour cibler la vaccination et organiser les mesures de santé publique. Ses chercheurs collaborent avec l’Organisation mondiale de la santé afin d’améliorer la détection du virus dans plusieurs pays.
Les tests d’anticorps renforcent l’hypothèse de faux positifs
Environ 89 % des personnes considérées comme des faux positifs n’avaient pas d’anticorps contre le mpox. Le résultat sérologique a fourni aux chercheurs un deuxième élément de preuve, en complément des résultats PCR. La présence d’anticorps peut indiquer qu’une personne a déjà été exposée au virus. Leur absence étayait donc la conclusion selon laquelle bon nombre de ces personnes n’avaient jamais été infectées.
L’équipe a également cherché à savoir si d’autres virus pouvaient expliquer la fièvre et les éruptions cutanées observées chez les personnes suspectées d’avoir le mpox. Dans cette analyse distincte, la plupart des patients étaient atteints d’autres infections susceptibles de provoquer des symptômes similaires. Selon le rapport, seule une petite proportion était effectivement infectée par le mpox.
Le mpox peut provoquer de la fièvre et des lésions cutanées douloureuses et défigurantes, et peut être mortel dans certains cas. Ces symptômes ressemblent à ceux d’autres maladies, d’où l’importance d’une confirmation en laboratoire. Un diagnostic clinique seul peut conduire les professionnels de santé à regrouper différentes maladies sous la même étiquette épidémique.
L’étude met ainsi en évidence deux problèmes liés : la contamination de l’environnement peut fausser les résultats PCR, tandis que d’autres infections peuvent imiter le mpox. De meilleurs tests fourniraient aux cliniciens des informations plus claires et aideraient les équipes de surveillance à orienter les ressources limitées vers les personnes qui en ont besoin.
Les faux diagnostics ont un coût pour la santé publique
Plus de 120 000 cas de mpox et environ 1 500 décès ont été recensés en Afrique entre 2024 et 2026. L’ampleur de cette urgence explique pourquoi les autorités ont rapidement entrepris de tester les personnes suspectes, de les isoler et d’organiser la vaccination. Elle montre aussi pourquoi les erreurs de décompte ont des conséquences concrètes.
L’Organisation mondiale de la santé a déclaré l’épidémie de mpox urgence de santé publique de portée internationale en août 2024. Elle a levé cette alerte en septembre 2025. Même après la fin de l’alerte internationale, les systèmes de santé des pays concernés ont continué à prendre en charge des infections suspectées et le risque de transmission.
Les diagnostics erronés peuvent coûter cher aux patients et aux services publics. L’Université de Genève a indiqué que certaines personnes avaient reçu un traitement inutile et avaient été mises en quarantaine alors qu’elles n’étaient pas infectées. Une classification erronée peut aussi détourner des vaccins, des équipements de protection et du temps de travail des cas confirmés.
Les résultats des chercheurs ne démontrent pas que chaque faible résultat positif était erroné. Ils mettent en évidence une tendance importante dans quatre lieux et plaident en faveur d’une validation plus poussée des procédures de dépistage. Avant de revoir les estimations officielles, les autorités devront comparer les signaux de laboratoire aux symptômes, aux antécédents d’exposition, aux résultats des tests d’anticorps et aux données locales sur la transmission.
L’équipe genevoise plaide pour des tests plus précis
L’Université de Genève préconise de modifier l’interprétation des tests PCR et collabore avec l’OMS. L’équipe de recherche estime que le seuil de positivité de la PCR doit être abaissé afin de réduire les faux positifs sans augmenter sensiblement les faux négatifs. Cette recommandation devra faire l’objet d’une validation technique rigoureuse, car la modification du seuil peut changer le nombre de cas détectés par les laboratoires.
Pour la Suisse, cette étude souligne le rôle des chercheurs genevois dans la réponse internationale aux épidémies. Les laboratoires et les institutions de santé publique suisses apportent régulièrement leur expertise à la détection des agents pathogènes, tandis que les décisions politiques suisses influent aussi sur l’accès aux vaccins et à d’autres ressources médicales dans les pays confrontés à des épidémies. Ces résultats renforcent la nécessité de recommandations internationales en matière de dépistage adaptées aux cliniques surchargées et aux laboratoires disposant de ressources inégales.
Les prochaines étapes consistent à valider les résultats dans d’autres sites, à améliorer le prélèvement et la manipulation des échantillons, et à associer la PCR à des données sérologiques et cliniques. Les autorités sanitaires devront également disposer de méthodes transparentes pour réviser les estimations des cas si une part importante des infections déclarées s’avère due à une contamination ou à une autre maladie.
Un diagnostic plus fiable permettrait aux patients d’éviter un isolement et un traitement inutiles. Il donnerait aussi aux responsables de la vaccination et aux épidémiologistes une image plus précise des zones où le mpox se propage et des endroits où le soutien est le plus urgent.