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Swiss Observer

Quatre ans après leur arrivée, les enfants ukrainiens en Suisse font face à un retour incertain

Quatre ans après leur arrivée en Suisse, où ils avaient été évacués de Marioupol, certains enfants ukrainiens sont confrontés à la possibilité de rentrer dans un pays toujours en guerre. Leur parcours témoigne de l’exil de longue durée, des dispositifs de prise en charge et de l’avenir incertain des enfants déplacés.

Quatre ans après leur arrivée, les enfants ukrainiens en Suisse font face à un retour incertain
AISWI swissinfo.ch

Quatre ans après leur évacuation, des dizaines d’enfants ukrainiens vivant en Suisse doivent prendre des décisions complexes concernant leur retour. Tara avait huit ans lorsque les forces russes ont attaqué Marioupol. En mars 2022, trois jours avant que les troupes russes n’encerclent complètement la ville portuaire, il a pris un bus d’évacuation avec sa sœur Vera, âgée de quatre ans, et près de 100 enfants et personnes chargées de leur prise en charge du foyer pour enfants Wings of Hope. Le convoi a parcouru 200 kilomètres en huit heures jusqu’à Zaporijjia, sous un intense feu d’artillerie, avant de poursuivre son trajet via Lviv et la Pologne jusqu’en Suisse.

Le groupe s’est installé dans le canton du Valais, où les enfants ont été scolarisés dans des établissements locaux, appris le français et pris de nouvelles habitudes quotidiennes. Ils ont aussi préservé leur identité ukrainienne grâce à des cours de langue, aux fêtes culturelles et à des modules du programme scolaire ukrainien proposés par des enseignants ukrainiens.

Les autorités ukrainiennes prévoient que Tara et Vera rentrent dans l’ouest de l’Ukraine d’ici à la fin 2026. En revanche, un retour dans leur ville natale reste impossible. Marioupol est toujours sous occupation militaire russe et le bâtiment du foyer Wings of Hope, dans la ville, a été détruit pendant le siège de 2022.

Marioupol rend tout retour impossible

La destruction matérielle et l’occupation persistante de Marioupol excluent tout retour des enfants dans leur communauté d’origine. Pendant le siège de trois mois en 2022, les tirs d’artillerie et les frappes aériennes ont tué plus de 20 000 civils, selon les estimations officielles ukrainiennes et celles d’organisations de défense des droits humains. La ville est passée sous contrôle militaire russe total en mai 2022 et reste occupée.

Un déménagement dans l’ouest de l’Ukraine permettrait aux enfants de s’installer dans une région moins instable, mais celle-ci reste exposée aux alertes aux missiles à l’échelle du pays, aux coupures de courant et aux contraintes logistiques liées à la guerre. Ce déménagement impliquerait aussi de quitter les classes suisses, les amitiés locales et le niveau de français acquis par les enfants au cours de leurs quatre années en Valais.

Pour les mineurs, les autorités ukrainiennes de tutelle et les services suisses de protection de l’enfance coordonnent les projets de retour. Les personnes qui s’occupent des enfants doivent mettre en balance les évaluations de sécurité, la continuité de la scolarité et la protection juridique au titre du statut de protection temporaire « S », que les autorités suisses ont prolongé jusqu’en mars 2026.

L’espoir d’un retour s’effondre avec la prolongation de la guerre

Les données d’une vaste enquête témoignent d’une forte baisse des projets de retour à court terme des Ukrainiens déplacés en Europe. Une étude du HCR publiée au début de 2026 a révélé que seuls 3% des réfugiés ukrainiens prévoient de rentrer chez eux dans les 12 prochains mois. Si 46% espèrent pouvoir rentrer à l’avenir, 23% ne voient aucune perspective réaliste de retour et 28% ne savent pas encore.

La proportion de réfugiés exprimant le souhait de rentrer a diminué régulièrement, passant de 83% en 2022 à 49% en 2026, au fil de six vagues d’enquête consécutives du HCR. Les risques liés à la sécurité, le manque de logements et les dégâts infligés aux infrastructures civiles en Ukraine restent les principaux obstacles cités par les personnes interrogées.

Le groupe de Wings of Hope illustre la diversité des parcours. Alors que Tara et Vera se préparent à s’installer dans l’ouest de l’Ukraine, plus de 40 enfants restent en Suisse et 14 ont atteint l’âge de 18 ans. Les jeunes devenus majeurs doivent s’orienter dans le système suisse, entre démarches pour obtenir un titre de séjour à titre individuel, apprentissage professionnel et emploi.

Les années passées en Suisse forgent une seconde identité

Quatre années passées en Suisse ont créé des liens étroits avec les communautés locales du Valais. Les enfants sont arrivés en parlant russe et ukrainien, mais ont rapidement appris à parler couramment le français en fréquentant les écoles publiques locales. Plusieurs des plus âgés ont commencé une formation professionnelle ou des études dans le secondaire II en Suisse.

Natalia Lashchevskaya, directrice de Wings of Hope, a souligné l’importance de préserver leurs racines culturelles pendant leur séjour en Suisse. Le personnel a organisé des cours de langue ukrainienne et des célébrations des fêtes nationales, en parallèle des activités proposées par la communauté suisse.

À l’arrivée du groupe en 2022, les personnes chargées de s’occuper des enfants pensaient qu’ils pourraient bientôt retourner à Marioupol, une fois les hostilités apaisées. Quatre ans plus tard, le personnel et les travailleurs sociaux savent que tout retour devra se faire dans le cadre d’une réinstallation stable dans l’ouest de l’Ukraine, plutôt que dans leur ville natale détruite.

La Suisse doit maintenir le lien

Les autorités cantonales suisses et le Secrétariat d’État aux migrations (SEM) coordonnent le soutien à long terme apporté aux jeunes Ukrainiens déplacés. Tant que le statut de protection S reste en vigueur, les cantons suisses s’attachent à faire reconnaître les titres de formation, à proposer des ressources en santé mentale et à favoriser l’intégration professionnelle des adolescents ukrainiens.

Les services sociaux suisses et ukrainiens évaluent la situation de chaque mineur individuellement avant d’approuver un retour. Les déménagements nécessitent un hébergement confirmé, une place dans un établissement scolaire et des tuteurs locaux désignés dans des régions ukrainiennes jugées sûres par les observateurs internationaux.

Pour les jeunes adultes arrivés en Suisse lorsqu’ils étaient enfants et qui y étudient ou travaillent désormais, les offices cantonaux des migrations proposent des voies d’accès à des permis de séjour ordinaires liés à l’emploi ou aux études supérieures. La collaboration entre Berne et Kyiv montre comment une protection humanitaire temporaire évolue vers une politique pérenne dans le contexte de conflits qui durent plusieurs années.