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L’échec de l’accord sur les Patriot relance les questions sur la défense aérienne suisse
La tentative de la Suisse d’obtenir des systèmes de défense aérienne Patriot par l’intermédiaire de l’Allemagne a échoué. Cette situation relance les questions concernant les retards de livraison, les coûts d’acquisition et la crédibilité des plans de modernisation de la défense aérienne du pays.

La voie allemande pour l’acquisition des Patriot par la Suisse a échoué, laissant le pays sans date de livraison ferme pour un système qu’il pensait recevoir cette année. L’échec des discussions relance un problème de sécurité et d’acquisition qui se dessine depuis que les États-Unis ont réattribué la livraison initiale à l’Allemagne en 2025.
L’armée suisse a privilégié l’option allemande parce que Berlin avait transféré des systèmes Patriot à l’Ukraine et devait reconstituer ses propres moyens de défense. En juin, le Département fédéral de la défense a entrevu une possibilité. Les systèmes allemands ne correspondaient pas à la configuration commandée par la Suisse, ce qui laissait espérer qu’une partie des livraisons pourrait être réorientée vers la Suisse.
Ces espoirs sont désormais déçus. Urs Loher, directeur de l’office fédéral de l’armement Armasuisse, a déclaré à la radio-télévision publique suisse SRF que « les options avec l’Allemagne sont tombées à l’eau et ne peuvent pas être mises en œuvre ». Il a précisé que cet échec ne résultait pas d’un différend avec Berlin ou Washington. Les pays confrontés à une menace accrue de missiles donnent la priorité à leurs propres besoins, a-t-il expliqué.
La modernisation de la défense aérienne suisse dépend désormais d’un nouvel accord avec les États-Unis. Le Département de la défense doit obtenir soit une modification du contrat existant, soit un nouveau contrat. Rien n’est certain tant que les documents ne sont pas signés.
La livraison repoussée au début des années 2030
L’échec de l’accord avec l’Allemagne repousse la livraison des Patriot au début des années 2030, soit au moins six ans plus tard que prévu. Les premiers systèmes devaient arriver en Suisse en 2026. Urs Loher a indiqué à SRF que le pays ne les attendait pas « avant le début des années 2030 », ce qui signifie qu’ils n’arriveraient probablement pas avant 2032.
Ce retard reflète une évolution plus générale des priorités de défense en Europe. L’Allemagne cherche à reconstituer les capacités Patriot qu’elle a transférées à l’Ukraine, tandis que les États-Unis font face à une forte demande pour le même système. La position de la Suisse dans la file d’attente s’est affaiblie, les gouvernements réévaluant leurs propres besoins de protection contre les missiles.
Le manque à combler est important. Selon la source, la Suisse est pratiquement sans protection contre les attaques de missiles, ce qui fait du programme Patriot un élément central du réseau de défense aérienne prévu par le pays. Le système Patriot est conçu pour contrer les menaces à longue portée. La géographie de la Suisse et sa dépendance à des infrastructures critiques font du calendrier de mise en place de cette protection un enjeu de sécurité nationale.
Les informations publiées par SRF ne font état d’aucune solution provisoire de livraison présentée par le département. Le calendrier reste provisoire tant que les négociations avec Washington n’ont pas abouti à un contrat signé. L’avertissement de Urs Loher est clair : « Tant que les contrats ne sont pas signés, rien n’est certain. »
Le retard fait fortement grimper le coût des Patriot
La facture supplémentaire du programme Patriot est passée d’un surcoût possible de 1 milliard de CHF à au moins 1,7 milliard de CHF. Le budget initial des systèmes s’élevait à 2 milliards de CHF. Armasuisse indique désormais que le surcoût pourrait atteindre 4,3 milliards de CHF, en fonction du contrat qui sera conclu, de l’inflation et des mises à niveau.
La voie allemande aurait constitué une solution moins coûteuse et plus rapide pour la Suisse. Si Berlin avait accepté de transférer une partie de sa livraison, le surcoût aurait été d’environ 1 milliard de CHF et les systèmes auraient pu arriver dès 2027. Cette option a disparu lorsque l’Allemagne a choisi le moyen le plus rapide de reconstituer ses propres stocks.
La pression sur les coûts ne tient pas à un seul élément. Les systèmes suisses seront construits plus tard que prévu, ce qui expose l’achat à l’inflation. Les mises à niveau mineures coûtent également de plus en plus cher. Dans le scénario actuellement le plus favorable, la facture totale des Patriot passerait à au moins 3,7 milliards de CHF, soit près du double du montant initialement prévu. Dans le pire des cas décrit par SRF, elle pourrait atteindre 6,3 milliards de CHF.
Ces montants restent des estimations et ne constituent pas une facture définitive. Les États-Unis doivent encore accepter de modifier le contrat actuel ou en négocier un nouveau. Le Parlement et la population suisse ne connaissent donc pas encore le coût final.
Berne élargit sa recherche d’un deuxième système
La Suisse cherche également à acquérir un deuxième système de défense antimissile à longue portée, pour lequel 5 milliards de CHF ont été réservés. Le gouvernement négocie avec des fournisseurs potentiels en France, en Israël et en Corée du Sud. L’échec des discussions avec l’Allemagne renforce l’importance de cette recherche parallèle, tout en l’exposant aux mêmes pressions internationales sur les capacités de production, les prix et les délais de livraison.
Ces deux voies d’acquisition s’inscrivent dans un plan de modernisation plus vaste. Les Patriot fourniraient une couche de protection à longue portée. Un deuxième système doit renforcer la capacité du pays à se défendre contre les menaces de missiles dans un éventail plus large de scénarios. Le gouvernement n’a pas encore choisi de fournisseur pour cette capacité supplémentaire.
Le financement va désormais être soumis à une épreuve plus exigeante. SRF a fait état d’incertitudes quant à la portée des 5 milliards de CHF dans le contexte actuel de sécurité mondiale et au délai d’attente pour obtenir les équipements. Un contrat Patriot plus coûteux pourrait également réduire les marges disponibles ailleurs dans le budget de la défense, même si la source ne précise pas quels programmes seraient menacés.
Pour la Suisse, les prochaines étapes sont autant contractuelles que militaires. Armasuisse doit obtenir des États-Unis un calendrier crédible, établir le coût final et poursuivre la procédure de sélection du deuxième système. D’ici là, le plan de défense aérienne du pays dispose d’un budget, mais pas d’un calendrier de livraison défini.