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Swiss Observer

La Suisse condamne la campagne russe contre ses opposants à l’étranger

La Suisse a condamné la répression de plus en plus systématique exercée par la Russie contre les dissidents et les membres de la société civile à l’étranger. Un rapport présenté au Conseil des droits de l’homme de l’ONU documente des centaines de cas, notamment des poursuites et des condamnations par contumace.

La Suisse condamne la campagne russe contre ses opposants à l’étranger
AISWI swissinfo.ch

La Suisse a inscrit à l’ordre du jour de l’ONU la répression exercée par la Russie contre les exilés et les dissidents. Prenant la parole à Genève le lundi 21 septembre 2026, la mission suisse a appelé Moscou à mettre fin à des pratiques qui dépassent les frontières russes et visent des personnes ayant fui le pays.

Cette intervention a suivi la présentation d’un rapport de Mariana Katzarova, rapporteuse spéciale du Conseil des droits de l’homme de l’ONU sur la situation des droits humains en Russie. Selon elle, la campagne menée à l’étranger relève d’un système délibéré et institutionnalisé, et non d’une série d’incidents sans lien entre eux.

Son rapport recense près de 400 cas de répression à l’étranger. Il indique aussi que plus de 150 personnes ont été condamnées par contumace en 2025, ce qui donne aux autorités russes un moyen de poursuivre leurs détracteurs sans les faire comparaître devant un tribunal national.

Le représentant de la Suisse a déclaré que ces agissements menacent les libertés fondamentales, la vie privée et la sécurité personnelle. Les défenseurs des droits humains et les militants de la société civile subissent une part disproportionnée des pressions. La question revêt une importance particulière pour les États européens qui accueillent des journalistes, des militants et des opposants politiques russes, y compris des personnes qui restent exposées à des pressions juridiques, financières et numériques après avoir quitté la Russie.

La Russie étend son emprise juridique et financière

Selon le rapport de Katzarova, entre 650 000 et 900 000 Russes ont quitté leur pays depuis le début de la guerre. L’augmentation de cette communauté en exil s’est accompagnée d’un développement des moyens utilisés pour la surveiller et la sanctionner.

Le rapport identifie au moins neuf départements russes chargés de la sécurité impliqués dans la campagne, ainsi que des procureurs et des ministères. Parmi les moyens décrits figurent les mandats d’arrêt, les bases de données partagées, des restrictions touchant les banques et les systèmes numériques, ainsi que la coopération avec des alliés étrangers.

Katzarova a déclaré que les autorités avaient mis en place un système capable de suivre les personnes au-delà des frontières russes. Depuis août, la législation permet d’imposer des restrictions concernant les avoirs, les passeports, les services consulaires, les affaires financières et les droits de propriété des Russes à l’étranger figurant sur une liste prévue à cet effet. Les personnes concernées peuvent néanmoins rester soumises à leurs obligations de citoyen russe.

La Suisse a exhorté Moscou à ne pas se servir des lois sur la sécurité nationale, l’extrémisme et le terrorisme comme d’instruments généraux de restriction des droits. La position suisse traduit la crainte que des qualifications juridiques et des mesures administratives aient des conséquences pour des personnes qui n’ont concrètement pas accès à une procédure équitable en Russie.

Les outils numériques élargissent la traque des opposants

La surveillance numérique est devenue un élément central de la campagne de pression. Katzarova a indiqué qu’une opération numérique visant une campagne pour sécuriser les communications avait compromis les données de centaines de personnes, dont des responsables politiques européens.

Cette allégation ajoute une dimension technologique aux mesures déjà documentées dans le rapport. Les mandats d’arrêt et les restrictions financières peuvent être inscrits dans des systèmes officiels. La surveillance numérique peut atteindre les réseaux personnels, les communications et les activités politiques au-delà des frontières. Pour les personnes en exil, ces méthodes peuvent aussi toucher leurs proches, leurs collègues et les organisations auxquelles elles appartiennent.

La Suisse a déclaré que la Russie ne devait pas utiliser les nouvelles technologies pour surveiller, harceler ou intimider des personnes. Elle a également souligné que les États devraient pouvoir coopérer avec l’Organisation des Nations Unies sans subir de représailles.

Le rapport a critiqué les pays qui extradent des ressortissants russes vers leur pays d’origine. Katzarova a appelé les États qui accueillent des Russes à respecter leurs obligations internationales et à protéger les personnes contre un retour dans un système susceptible de les poursuivre pour leurs activités politiques. Sa proposition de convention internationale établirait des garanties communes contre la répression transnationale, même si la source ne précise pas de calendrier pour les négociations.

Berne plaide pour des règles communes contre la répression

Ce différend ajoute une dimension liée aux droits humains aux préoccupations plus générales de la Suisse en matière de sécurité concernant la Russie. Le Service de renseignement de la Confédération a déjà qualifié la Russie de principale menace d’espionnage pour la Suisse, en évoquant l’espionnage informatique et le recours à des sources humaines pour recueillir des informations.

La discussion à l’ONU portait sur un autre problème, le traitement des citoyens russes et des détracteurs du pouvoir au-delà des frontières russes. Pour la Suisse, ces deux questions se rejoignent dans le rôle du pays comme centre diplomatique, siège d’organisations internationales et lieu d’accueil de communautés en exil. Genève permet aussi aux groupes de la société civile concernés d’accéder aux instances de l’ONU, ce qui renforce l’importance de les protéger contre les représailles.

L’appel de la Suisse en faveur d’une convention internationale vise à apporter une réponse coordonnée. La proposition traiterait de l’utilisation d’outils juridiques, financiers et numériques contre les dissidents et préciserait les obligations des États où ils vivent. Elle met aussi en cause les gouvernements qui partagent des informations, exécutent des mandats ou renvoient des personnes en Russie.

Le rapport du Conseil des droits de l’homme donne au débat une base documentée, avec près de 400 cas, plus de 150 condamnations par contumace en 2025 et des éléments attestant l’implication d’au moins neuf départements de sécurité. La Suisse a désormais clairement indiqué qu’elle attend des institutions internationales et des pays d’accueil qu’ils considèrent ces chiffres comme un enjeu collectif de protection.