Aller au contenu
Swiss Observer

Des partis suisses veulent préserver l’interdiction de construire des centrales nucléaires

Des partis de gauche et du centre ont déposé plus de 131 800 signatures en faveur d’un référendum visant à préserver l’interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires en Suisse. Cette démarche remet en question les projets du gouvernement de réexaminer la politique nucléaire du pays.

Des partis suisses veulent préserver l’interdiction de construire des centrales nucléaires
AILe News

Plus de 131 800 signatures placent l’avenir nucléaire de la Suisse sur une possible trajectoire de collision avec le Parlement et le Conseil fédéral. Des représentantes et représentants du Parti socialiste, des Vert-e-s, des Vert’libéraux et d’une partie du Centre ont remis les signatures aux autorités fédérales à Berne mardi, afin de préserver l’interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires dans le pays.

Le dépôt remet en question les projets du gouvernement de réexaminer cette politique, alors que la Suisse fait face à un bilan électrique hivernal difficile. Les centrales nucléaires fournissent encore un peu moins de 30 % de la production nationale d’électricité, tandis que le pays reste dépendant des importations lorsque la demande augmente pendant les mois les plus froids. En hiver 2025-2026, le déficit a atteint environ 6,8 TWh, soit près d’un cinquième de la consommation saisonnière.

L’alliance référendaire estime que la levée de l’interdiction détournerait des fonds et l’attention politique des énergies renouvelables, en particulier du solaire et de l’hydraulique. Ses opposants affirment que ces sources ne peuvent pas encore garantir une production suffisante lors des pics de demande hivernaux. Le débat passe désormais des salles de commission à une campagne nationale, durant laquelle les électrices et électeurs mettront en balance les longs délais de construction, les déchets radioactifs et la sécurité énergétique, d’une part, et le coût des importations et les limites d’une production intermittente, d’autre part.

Défendre la ligne énergétique actuelle

Un peu moins de 30 % de l’électricité produite en Suisse provient encore de l’énergie nucléaire. Le parc existant reste ainsi au cœur du débat énergétique du pays, même si la Suisse prépare sa transition à plus long terme. La campagne référendaire veut maintenir l’interdiction légale de construire de nouvelles centrales, alors que les réacteurs existants continuent de façonner le mix électrique.

La présidente des Vert-e-s, Lisa Mazzone, estime que l’énergie nucléaire relève d’un modèle de production dépassé et plus coûteux. Elle souligne la charge non résolue que représentent les déchets hautement radioactifs, dont la gestion incombera aux générations futures. L’alliance craint également qu’un retour à la construction de centrales nucléaires ne ralentisse le développement des projets renouvelables et ne fragilise le soutien aux mesures déjà engagées.

L’interdiction légale remonte au tournant énergétique de la Suisse après Fukushima, lorsque le pays a choisi de ne pas remplacer ses réacteurs existants. Depuis, le débat porte sur la rapidité avec laquelle le solaire, l’hydraulique et les mesures d’efficacité énergétique peuvent combler le déficit à venir. Le référendum préserverait cette orientation et empêcherait un changement législatif. Ses partisans présentent le vote comme une décision sur les priorités d’investissement, et pas uniquement sur la technologie des réacteurs.

Faire face au déficit d’approvisionnement hivernal

Le déficit d’importations hivernales a atteint environ 6,8 TWh en 2025-2026, un chiffre qui constitue le principal argument du camp pro-nucléaire. La Suisse produit suffisamment d’électricité à certaines périodes de l’année, mais ne peut pas couvrir de manière constante la demande hivernale avec ses seules ressources nationales. Les importations comblent ce déficit, exposant le pays aux conditions du marché régional et aux tensions sur l’approvisionnement.

Vanessa Gassler-Meury, membre du comité à l’origine de l’initiative Stop au blackout, estime que les énergies renouvelables ne peuvent pas encore garantir à elles seules la fiabilité nécessaire. La production solaire varie selon la durée d’ensoleillement et la météo, tandis que les centrales nucléaires peuvent fonctionner en continu. Son argument devrait trouver un écho particulier dans les débats sur les périodes hivernales froides et sombres, lorsque la demande d’électricité augmente et que la production solaire est limitée.

Ces chiffres peuvent aussi être interprétés autrement. Les partisans du référendum estiment que la Suisse devrait réduire le déficit en accélérant la construction d’installations renouvelables, en développant le stockage et l’efficacité énergétique, et en augmentant la production hydraulique. Ils avertissent que de nouveaux réacteurs nécessiteraient d’importants investissements et de longs délais de développement. La campagne permettra donc de savoir si les électrices et électeurs considèrent l’énergie nucléaire comme une assurance immédiate ou comme un coûteux détour par rapport à la transition énergétique.

Développer les renouvelables avant le nucléaire

Plus de 2 TWh d’électricité solaire ont été produits en Suisse l’hiver dernier, ce qui renforce l’argument des partis qui veulent concentrer les investissements sur les énergies renouvelables. Selon les documents de campagne cités par Le News, cette production correspond à l’augmentation de la production hivernale visée par le développement prévu de l’hydraulique d’ici à 2040.

Le président des Vert’libéraux, Jürg Grossen, a appelé à maintenir les subventions solaires. Son parti soutient le développement des capacités renouvelables tout en conservant les mesures susceptibles d’améliorer la production hivernale, notamment les installations conçues pour produire davantage pendant la saison froide. Le défi consiste à raccorder les nouvelles capacités au réseau et à gérer une production qui fluctue selon l’heure et les conditions météorologiques.

La conseillère nationale du Centre pour Lucerne, Priska Wismer-Felder, est également favorable au maintien de l’interdiction de construire. Selon elle, les capitaux publics et privés limités de la Suisse devraient être consacrés aux énergies renouvelables plutôt qu’à un nouveau programme nucléaire. « Nous ne pouvons dépenser chaque franc qu’une seule fois », a-t-elle déclaré.

La question des investissements donne une dimension concrète au référendum. Les électrices et électeurs devront choisir quelles technologies privilégier alors que la Suisse remplace des infrastructures vieillissantes et cherche à réduire sa dépendance aux importations hivernales.

Se préparer à la décision de 2027

Le 28 février 2027 est la première date possible pour un vote national si le référendum suit la procédure officielle. La campagne soumettra la stratégie électrique de la Suisse à l’examen direct de la population et pourrait relancer un débat qui façonne la politique énergétique fédérale depuis plus de dix ans.

Le vote ne conduirait ni à construire un réacteur ni à en fermer un. Il déterminerait si les parlementaires peuvent supprimer l’obstacle légal à la construction de nouvelles centrales nucléaires. Une décision en faveur du maintien de l’interdiction renforcerait la transition actuelle vers le solaire, l’hydraulique et d’autres sources renouvelables. Une décision visant à la lever donnerait au gouvernement et au Parlement la marge nécessaire pour élaborer un nouveau cadre nucléaire, même si tout projet devrait encore surmonter des obstacles liés à la planification, à la réglementation et au financement.

La fiabilité de l’approvisionnement en hiver dominera la campagne. Les partisans de l’énergie nucléaire mettront en avant le déficit d’importations de 6,8 TWh et la production constante des réacteurs. L’alliance référendaire soulignera les plus de 2 TWh d’électricité solaire produits en hiver, le développement futur de l’hydraulique et le coût des déchets radioactifs. La population suisse décidera quel risque doit peser le plus lourd alors que le pays planifie l’avenir au-delà de son parc nucléaire actuel.