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Swiss Observer

Sperisen conteste la Suisse après 14 ans de procédures

L’ancien chef de la police guatémaltèque Erwin Sperisen a de nouveau saisi la Cour européenne des droits de l’homme contre la Suisse, estimant que les procédures engagées contre lui durent depuis plus de 14 ans. Sa dernière condamnation, pour complicité dans le meurtre de sept détenus au Guatemala, est toujours pendante devant le Tribunal fédéral suisse.

Sperisen conteste la Suisse après 14 ans de procédures
AISWI swissinfo.ch

Plus de 14 ans de procédures judiciaires ont ramené Erwin Sperisen devant la plus haute juridiction européenne des droits humains. L’ancien chef de la police guatémaltèque a déposé une nouvelle requête contre la Suisse auprès de la Cour européenne des droits de l’homme, estimant que la durée de la procédure viole son droit à être jugé dans un délai raisonnable.

Cette nouvelle démarche fait suite à une condamnation prononcée en septembre 2024 par les tribunaux genevois. Les juges ont condamné cet homme de 56 ans à 14 ans de prison pour complicité dans le meurtre de sept détenus au Guatemala. Selon ses avocats, son recours est pendant devant le Tribunal fédéral suisse depuis plus de 20 mois.

Le Tribunal fédéral ne s’est pas encore prononcé sur le recours, laissant le jugement genevois en suspens. La requête à Strasbourg ajoute donc un litige distinct en matière de droits humains à une affaire pénale qui a déjà fait l’objet de plusieurs procédures en Suisse et d’un examen international.

L’affaire Sperisen revêt une importance particulière en Suisse, car il est binational suisse et guatémaltèque et s’est réfugié dans le pays avec sa famille en 2007. Il a été arrêté à Genève en 2012. Depuis, les tribunaux genevois l’ont jugé quatre fois et l’ont condamné à chaque occasion, selon l’article de Swissinfo.

Le recours devant le Tribunal fédéral est toujours pendant

La dernière condamnation attend une décision à Berne depuis plus de 20 mois. Les avocats de Sperisen affirment que ce retard s’inscrit dans une tendance plus large qui maintient l’affaire pénale en cours depuis plus de 14 ans.

La défense conteste le verdict genevois de septembre 2024 devant le Tribunal fédéral. Elle estime que le jugement constitue « un abus de pouvoir » et a critiqué la procédure suisse pour des motifs procéduraux. Le recours est toujours pendant, de sorte que la condamnation n’a pas encore fait l’objet d’une décision définitive en Suisse.

L’affaire a déjà nécessité plusieurs audiences à Genève. Chaque nouveau procès a maintenu devant les tribunaux suisses les accusations liées aux meurtres de détenus au Guatemala, malgré l’évolution du dossier juridique et les décisions antérieures. Le dernier jugement a de nouveau reconnu Sperisen coupable de complicité, ce qu’il conteste.

En vertu de la Convention européenne des droits de l’homme, les personnes prévenues ont droit à ce que leur cause soit entendue dans un délai raisonnable. Strasbourg devra examiner la nouvelle requête selon ses propres procédures. L’intervention de la Cour ne remplace pas le rôle du Tribunal fédéral dans la décision sur le recours pénal, et les informations disponibles ne permettent pas de savoir quand l’une ou l’autre procédure prendra fin.

L’affaire guatémaltèque conserve une dimension transfrontalière

La procédure genevoise fait le lien entre le droit pénal suisse et les violences du passé au Guatemala. Sperisen a été chef de la police guatémaltèque avant de s’installer en Suisse, où les tribunaux ont examiné son rôle présumé dans la mort de détenus. La dernière affaire portait sur le meurtre de sept détenus et s’est conclue par une peine de 14 ans de prison pour complicité.

La défense a mis en avant le sort différent réservé à d’autres personnes liées à l’affaire. Les avocats de Sperisen affirment que tous ses coaccusés ont été acquittés ou que les procédures les concernant ont été classées par des tribunaux étrangers. Ils citent l’ancien subordonné Javier Figueroa, acquitté en Autriche il y a 13 ans.

Cette comparaison est au cœur de l’argumentation de la défense. Les juges genevois ont condamné Sperisen en 2024 alors que, selon ses avocats, la personne qu’ils décrivent comme l’auteur direct avait été acquittée à l’étranger. Les avocats ont qualifié leur client de « complice d’une personne acquittée ».

Les tribunaux suisses sont néanmoins parvenus à leurs propres conclusions après plusieurs procédures. Cette affaire illustre les complications juridiques qui peuvent surgir lorsque des crimes présumés commis à l’étranger sont poursuivis en Suisse, notamment lorsque les preuves, les témoins et les jugements antérieurs relèvent de plusieurs juridictions.

La défense conteste la justice genevoise

La défense de Sperisen a également tourné son attention vers la justice genevoise. En juin 2025, il a déposé une plainte pénale auprès du Ministère public du canton de Genève contre plusieurs juges. Ses avocats les accusent d’abus d’autorité et de diffamation.

La défense affirme que les juges ont délibérément violé la présomption d’innocence de Sperisen et ignoré les instructions du Tribunal fédéral. Elle a également invoqué un « parti pris manifeste » et demandé la nomination d’un procureur extraordinaire extérieur à Genève. Selon l’article, d’anciens coaccusés, tous acquittés, ont eux aussi déposé de nouvelles plaintes pénales contre des membres de la justice genevoise.

Ces plaintes sont distinctes du recours pénal et de la nouvelle requête à Strasbourg. Elles ne déterminent pas si la condamnation de 2024 sera confirmée. Leur importance tient à l’ampleur croissante du différend sur la manière dont Genève a traité une affaire qui est revenue quatre fois devant ses tribunaux.

La présomption d’innocence reste un principe fondamental de la procédure pénale suisse jusqu’à ce qu’une condamnation soit définitive. L’examen en cours du Tribunal fédéral portera sur les arguments juridiques dirigés contre le jugement genevois. Strasbourg, de son côté, examinera la plainte relative aux droits humains dans le cadre de la Convention européenne.

La Suisse fait l’objet d’un nouvel examen en matière de droits humains

La Suisse fait maintenant l’objet d’un nouvel examen sur la durée et l’équité d’une procédure qui a déjà donné lieu à un arrêt de Strasbourg en 2023. Un avocat de Sperisen a déclaré que la Cour européenne des droits de l’homme avait précédemment conclu que la Suisse avait violé son droit à un procès équitable. La nouvelle requête porte sur la durée de la procédure, notamment le temps pris par le recours actuellement pendant devant le Tribunal fédéral.

La suite dépendra de deux institutions. Le Tribunal fédéral suisse doit trancher le recours contre la condamnation genevoise de septembre 2024. La Cour européenne des droits de l’homme doit d’abord traiter la nouvelle requête et décider de la suite à lui donner selon ses règles de recevabilité.

Pour les tribunaux suisses, l’affaire soulève des questions pratiques sur les limites des procès répétés, le traitement des preuves étrangères et la nécessité de clore les procédures complexes. Pour Sperisen, la procédure judiciaire se poursuit plus de dix ans après son arrestation à Genève.

Aucune décision définitive n’a été annoncée dans l’une ou l’autre procédure. Tant que le Tribunal fédéral ne s’est pas prononcé, la condamnation de 2024 reste contestée par voie de recours. La plainte à Strasbourg ajoute un nouvel examen international à une affaire qui a déjà mis à l’épreuve le système de justice pénale suisse au-delà des frontières nationales.