Roche
Le médicament anti-obésité de Roche réduit le poids de 15,5 % dans une étude de phase intermédiaire
Roche affirme que son traitement expérimental contre l’obésité a réduit le poids corporel moyen de 15,5 % après 48 semaines, à la dose la plus élevée, dans une étude de phase intermédiaire menée auprès de personnes en surpoids ou obèses atteintes de diabète de type 2. Les analystes jugent les résultats compétitifs, mais estiment que des études de phase 3 de plus grande ampleur sont nécessaires.

L’injection expérimentale contre l’obésité de Roche a réduit le poids corporel moyen de 15,5 % en 48 semaines, offrant au groupe pharmaceutique bâlois un solide premier résultat sur l’un des marchés à la croissance la plus rapide du secteur.
Ce résultat a été observé chez des personnes en surpoids ou obèses, également atteintes de diabète de type 2. Les participants ayant reçu la dose la plus élevée d’enicepatide, soit 24 milligrammes, anciennement appelé CT-388, ont aussi enregistré une baisse de 2,65 % de l’HbA1c, la mesure de référence du contrôle de la glycémie à plus long terme. Roche a indiqué que la perte de poids n’avait pas atteint de plateau à la fin de l’étude de 48 semaines.
L’entreprise positionne l’enicepatide face aux produits d’Eli Lilly et de Novo Nordisk, dont les médicaments ont transformé le traitement de l’obésité et du diabète. Le candidat de Roche est une injection hebdomadaire qui active à la fois le GLP-1 et le GIP, deux hormones impliquées dans l’appétit, le métabolisme et la régulation du glucose. Le Zepbound de Lilly agit sur la même voie hormonale générale.
Ces premiers résultats sont publiés alors que les analystes estiment que le marché mondial des médicaments amaigrissants pourrait à terme atteindre 150 milliards de dollars. Les actions Roche ont clôturé en baisse de 0,19 % à Zurich le 23 septembre 2026, signe que les investisseurs attendent des données plus détaillées avant de revoir leurs prévisions.
L’étude associe perte de poids et meilleur contrôle de la glycémie
La dose la plus élevée d’enicepatide a fait baisser l’HbA1c de 2,65 %, en plus de réduire le poids moyen de 15,5 %. Cette combinaison est importante pour les patients étudiés par Roche, car le surpoids et un diabète de type 2 mal contrôlé s’aggravent souvent mutuellement.
Roche a indiqué qu’environ 62 % des participants avaient atteint une glycémie normale en 48 semaines. Manu Chakravarthy, vice-président senior de Roche et responsable mondial du développement des produits cardiovasculaires, rénaux et métaboliques, a déclaré que le traitement avait entraîné une perte de poids sans hypoglycémie, c’est-à-dire sans baisse potentiellement dangereuse de la glycémie.
Le profil de sécurité de l’étude a également attiré l’attention. Roche a indiqué qu’après 48 semaines, 2 % des patients avaient interrompu le traitement en raison d’effets secondaires. Dans une étude de phase intermédiaire plus courte sur le Mounjaro de Lilly chez des patients diabétiques, les taux d’interruption rapportés allaient de 5 % à 24,5 %, selon l’article source. Les études n’étant pas identiques, ces chiffres ne permettent pas d’établir une comparaison directe entre les deux traitements.
Pour les patients et les médecins en Suisse, l’intérêt pratique dépendra de davantage qu’un pourcentage mis en avant. Les médecins devront évaluer la durabilité de la perte de poids, le contrôle de la glycémie, les effets secondaires gastro-intestinaux, la posologie, l’accès au traitement et son remboursement. Roche n’a pas encore présenté l’ensemble des données ajustées en fonction du placebo nécessaires pour répondre à ces questions.
Roche se rapproche des données décisives
Les analystes de Goldman Sachs jugent les données compétitives, tout en avertissant que les études de phase 3 devront confirmer les bénéfices. James Quigley et ses collègues ont déclaré que les résultats disponibles se comparaient favorablement aux résultats rapportés pour des médicaments concurrents lors d’études de phase avancée, mais qu’ils souhaitaient voir des chiffres détaillés ajustés en fonction du placebo avant de tirer des conclusions définitives.
Cette prudence tient au stade du programme de Roche. Une étude de phase intermédiaire peut identifier une dose prometteuse et mettre en évidence d’importants signaux de sécurité. Toutefois, les études de phase 3, menées à plus grande échelle, fournissent les données que les autorités de réglementation exigent généralement sur l’efficacité, les risques et la constance des résultats dans des groupes de patients plus larges. Les résultats actuels concernent une population définie de personnes en surpoids ou obèses atteintes de diabète de type 2.
Roche mène déjà deux études de phase avancée sur l’obésité. L’entreprise prévoit d’étendre les essais au diabète et aux résultats cardiovasculaires au début de 2027. Elle étudie également des doses plus élevées et des associations avec d’autres médicaments amaigrissants.
Teresa Graham, responsable de la division pharmaceutique de Roche, a déclaré que l’entreprise souhaitait développer l’enicepatide à la fois comme traitement autonome et en association avec d’autres médicaments, pour les personnes qui ont besoin d’une perte de poids plus importante ou d’un meilleur contrôle de la glycémie. Cette stratégie pourrait élargir les utilisations potentielles du médicament, mais elle rendrait aussi les futurs essais et l’examen réglementaire plus complexes.
Un pari de 3 milliards de francs face à des concurrents bien établis
Roche a déboursé 3,1 milliards de dollars pour acquérir Carmot Therapeutics en 2023, mettant la main sur le programme qui a donné naissance à l’enicepatide et signalant sa détermination à rivaliser avec les entreprises qui dominent actuellement le traitement de l’obésité.
Novo Nordisk a bâti le premier grand marché moderne autour des médicaments GLP-1, tandis qu’Eli Lilly a gagné du terrain avec des médicaments ciblant le GLP-1 et le GIP. Roche arrive avec une approche similaire, sous forme d’injection hebdomadaire, et devra rivaliser sur l’efficacité, la tolérance, les capacités de production, la fiabilité de l’approvisionnement et le prix.
Les estimations des analystes montrent pourquoi l’entreprise est prête à investir. Stefan Schneider, de Vontobel, a décrit l’enicepatide comme un médicament au profil compétitif chez les personnes atteintes à la fois de diabète de type 2 et d’obésité. Il prévoit un lancement possible dès 2028 et des ventes annuelles maximales de 2,5 milliards de francs. Les analystes de Bloomberg Intelligence Michael Shah et Christos Nikoletopoulos avaient précédemment estimé que le médicament était globalement comparable à ses concurrents en matière de perte de poids et prévu une autorisation possible d’ici 2030, avec des ventes maximales de 4 milliards de dollars.
Ces prévisions restent tributaires d’étapes cliniques et réglementaires. Roche doit démontrer que les bénéfices perdurent, que les effets secondaires restent maîtrisables et que le produit fonctionne auprès des groupes de patients plus larges auxquels l’entreprise souhaite le proposer.
La prochaine épreuve concernera des groupes de patients plus larges
Roche prévoit d’étendre les essais sur l’enicepatide, au-delà de l’obésité et du diabète de type 2, aux maladies cardiovasculaires, à l’insuffisance cardiaque et à d’autres affections graves. Manu Chakravarthy a déclaré que l’entreprise souhaitait couvrir une vaste gamme de patients, des personnes sans maladie concomitante majeure à celles présentant d’importantes complications cardiovasculaires.
Cette extension pourrait déterminer si le médicament devient un concurrent de niche ou un produit majeur pour Roche. Les traitements contre l’obésité se situent de plus en plus au carrefour de l’endocrinologie, de la cardiologie et des soins de premier recours. La preuve d’un bénéfice cardiovasculaire pourrait influencer les décisions de prescription et les discussions sur le remboursement en Suisse, où la prise en charge par l’assurance-maladie obligatoire dépend de l’indication, de la valeur clinique et des décisions politiques.
La prochaine étape déterminante est la publication d’une nouvelle série de données d’essais. Roche doit encore publier les résultats détaillés ajustés en fonction du placebo qui sous-tendent les résultats mis en avant et achever des études de plus grande ampleur avant de demander une autorisation étendue. L’entreprise prévoit également d’évaluer des doses plus élevées et des associations, qui pourraient répondre aux besoins des patients nécessitant une perte de poids supplémentaire ou un contrôle plus strict de la glycémie.
Pour l’heure, l’enicepatide a franchi une étape importante de son développement. Les résultats à 48 semaines placent Roche parmi les principaux développeurs de médicaments contre l’obésité, tandis que les prochains essais détermineront si le groupe bâlois peut transformer un signal prometteur en phase intermédiaire en un traitement accessible aux patients en Suisse et ailleurs.