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Swiss Observer

Menace persistante de pollution par les carburants sous les décombres de Blatten

Une étude a identifié quelque 150 000 litres de mazout et de carburant enfouis sous les décombres de l’effondrement glaciaire de 2025 qui a détruit Blatten. Les autorités prévoient un suivi à long terme alors que la reconstruction commence, mais la quantité qui a pu s’écouler reste incertaine.

Menace persistante de pollution par les carburants sous les décombres de Blatten
AISWI swissinfo.ch

Quelque 150 000 litres de mazout et de carburant se trouvent encore sous les décombres de Blatten. Cette estimation intervient alors que le canton du Valais prépare la reconstruction du village, plus d’un an après l’effondrement du glacier du Birch, qui a projeté des rochers, de la glace et des débris dans la vallée du Lötschental le 28 mai 2025.

Le glissement a enseveli environ 90 % de Blatten, dont 130 maisons et l’église paroissiale. Il a également entraîné sous le nouveau paysage des voitures, des machines, des batteries, des installations frigorifiques et des cuves de stockage domestiques. Les décombres ont obstrué la Lonza et créé un lac en amont de l’effondrement. Des nappes d’hydrocarbures sont apparues sur l’eau peu après.

Une nouvelle étude environnementale commandée par le Valais et examinée par la SSR, le diffuseur public suisse, estime à environ 150 000 litres le volume de carburant enfoui sous la zone ensevelie. Cette estimation ne permet pas de déterminer quelle quantité a pénétré dans l’environnement. Certaines cuves ont peut-être résisté intactes, tandis que d’autres ont pu fuir pendant l’effondrement ou après celui-ci.

Cette incertitude fait désormais partie du calendrier de reconstruction. Les autorités jugent indispensable le suivi de la pollution, tout en estimant que le risque de contamination ne rend pas la reconstruction impossible. Selon des images citées par la SSR, des travaux étaient déjà en cours à Blatten en août 2026.

L’étude recense le pétrole et les substances dangereuses

L’étude identifie les hydrocarbures comme la principale menace environnementale sous les décombres. Les habitantes et habitants ont été invités à signaler les cuves de mazout et les autres substances stockées dans leurs maisons et bâtiments au moment du glissement de terrain. Les autorités ont reçu 220 questionnaires remplis, couvrant environ 80 % des ménages et des bâtiments ensevelis par la catastrophe.

Les réponses ont fait état de bien plus que du carburant. Les habitantes et habitants ont signalé des huiles moteur et de transmission, des batteries, des réfrigérateurs, des peintures, des solvants, des bouteilles de gaz et des munitions. Ces matériaux sont dispersés dans un cône d’éboulis créé par un effondrement qui a libéré environ 9 millions de mètres cubes de roches, de glace et de terre.

Les auteurs de l’étude estiment qu’une opération de récupération complète serait disproportionnée, car l’emplacement précis des polluants est inconnu. Excaver une masse immense et instable pour retrouver chaque cuve et chaque récipient pourrait entraîner de nouveaux dangers, alors que les éléments disponibles ne montrent pas encore de contamination généralisée de l’eau.

Cette évaluation ne dispense pas de mettre en place des mesures de contrôle. L’eau peut s’infiltrer relativement facilement dans le cône d’éboulis et entraîner des polluants dissous ou des résidus de carburant vers les couches inférieures. Certaines substances pourraient aussi se dégager sous forme de gaz ou de vapeurs lors de travaux d’excavation et de construction qui perturbent les structures ensevelies. Le Valais examine donc si des systèmes de drainage seront nécessaires dans les zones retenues pour la reconstruction.

Le Valais étend la surveillance des eaux souterraines

Les premières mesures n’ont révélé aucune contamination inhabituelle, mais le Valais étend la surveillance. L’étude environnementale avertit que les nappes d’hydrocarbures observées sur le lac montrent qu’une partie au moins du mazout et du carburant du village enseveli s’est échappée. Les chercheurs préviennent également que les polluants pourraient finir par atteindre les eaux souterraines sous le cône d’éboulis ou au-delà.

Jusqu’à présent, les mesures de la qualité de l’eau n’ont rien détecté d’inhabituel. Les auteurs soulignent que ce résultat ne permet pas de trancher, car l’eau continue de s’infiltrer dans les décombres et la situation peut évoluer à mesure que ceux-ci se consolident, s’assèchent ou sont excavés. La surveillance des eaux de surface et des eaux souterraines doit se poursuivre à long terme et couvrir une zone plus étendue.

Le canton du Valais prévoit d’étendre le réseau de surveillance à l’ensemble de la vallée du Lötschental, où se trouve Blatten. Cette approche tient compte de la continuité du système hydrologique de la vallée et de la difficulté à prévoir les déplacements possibles des contaminants dans un paysage remodelé par l’effondrement.

Le programme devra suivre à la fois le lac et les eaux souterraines au fur et à mesure de la reconstruction. Les nouvelles excavations, les remblais et les systèmes de drainage peuvent modifier les voies d’écoulement de l’eau. Les autorités devront également tenir compte des vapeurs et des gaz issus des matériaux enfouis lors de l’évaluation des chantiers et des futurs espaces publics.

La reconstruction doit tenir compte des risques liés aux décombres

La reconstruction dépendra de la manière dont les ingénieurs géreront les décombres, et pas seulement de l’emplacement des nouvelles limites du village. Les cartes des dangers mises à jour identifient les zones où une reconstruction est théoriquement possible, notamment des secteurs situés directement au-dessus des décombres qui ont enseveli l’ancien Blatten.

Christine Genolet-Leubin, cheffe du Département valaisan de l’environnement, a déclaré qu’il serait disproportionné de conclure qu’il n’est plus possible de construire. Selon elle, la question pratique consiste à déterminer jusqu’à quelle profondeur les ouvriers devront excaver et quelle quantité de matériau placer au-dessus des décombres existants.

Ces décisions auront une incidence sur la protection de l’environnement autant que sur la sécurité des constructions. Les excavations pourraient mettre au jour des cuves, des récipients ou des sols contaminés. Les remblais et le drainage pourraient rediriger l’eau à travers le cône d’éboulis. Les autorités examinent si des systèmes de drainage seront nécessaires dans les zones prévues pour la construction, tandis que la surveillance se poursuivra après l’achèvement des bâtiments.

L’ampleur de la catastrophe initiale reste au cœur de chaque décision. L’effondrement de 9 millions de mètres cubes a détruit des logements, des bâtiments publics et des infrastructures dans une vallée alpine suisse habitée. La reconstruction exige donc une coordination entre cartographie des dangers, ingénierie géologique et plan de lutte contre la pollution à long terme. La dernière étude fournit aux autorités un inventaire plus précis des matériaux enfouis, mais ne révèle pas encore l’emplacement exact ni l’état de chaque cuve de carburant sous Blatten.