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Swiss Observer

Des milliers de personnes dénoncent l’inaction climatique à Genève et Lausanne

Des milliers de personnes ont défilé à Genève et à Lausanne pour réclamer des mesures plus énergiques contre le changement climatique après un été exceptionnellement chaud en Suisse, et pour critiquer la politique environnementale du gouvernement.

Des milliers de personnes dénoncent l’inaction climatique à Genève et Lausanne
AIThe Local Switzerland

Jusqu’à 12 000 personnes se sont rassemblées à Lausanne, selon les estimations de la police, alors que des manifestants dans les villes suisses francophones réclamaient une réponse plus ferme au réchauffement climatique. Les marches du 20 septembre ont eu lieu après un été que Swissinfo.ch a décrit comme le plus chaud et le plus sec depuis le début des mesures nationales, en 1864.

La manifestation lausannoise a débuté avec environ 6 000 personnes, selon Keystone-ATS, avant de grossir jusqu’à son pic. Les organisateurs ont compté au moins 8 000 participants. À Genève, les organisateurs ont annoncé 7 000 manifestants, tandis que la police en a dénombré 3 000 à l’arrivée, sur la place des Nations.

La coalition à l’origine des manifestations rassemble plus de 100 organisations et partis politiques. Sa banderole, « Pas d’étés à 50 degrés ! », a fait le lien entre les expériences immédiates de chaleur, de sécheresse et de pénurie d’eau et les mises en garde concernant les conditions climatiques à venir.

Parmi les pancartes brandies dans les deux villes figuraient « Il n’y a pas de planète B », « Le train est le moyen de transport de l’avenir » et « On est cuits ! ». Des familles, des personnes âgées, des étudiants et des militants syndicaux ont participé aux marches. L’affluence a donné aux militants une tribune visible pour contester le bilan environnemental du gouvernement fédéral, après un été qui a fait entrer les risques climatiques dans le quotidien de toute la Suisse.

Les manifestants ciblent la politique fédérale

Lausanne et Genève ont enregistré des chiffres de participation différents, mais le message était le même : les manifestants veulent que l’adaptation au changement climatique et la réduction des émissions s’accélèrent. Les chiffres reflètent l’écart habituel entre les estimations des organisateurs et celles de la police, l’estimation de la police à Lausanne atteignant 12 000 personnes et son décompte à Genève s’élevant à 3 000 à l’arrivée.

Les marches ont également mis en évidence les cibles politiques du mouvement. Le ministre de l’environnement Albert Rösti a été hué pendant les discours à Lausanne. Parmi les pancartes qui lui étaient adressées, on pouvait lire « Rösti, c’est fini pour toi » et « Rösti dans nos assiettes, pas au Conseil fédéral ».

À Genève, Julia Steinberger, professeure à l’Université de Lausanne et coauteure d’un rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), a dénoncé plus de trois décennies perdues, selon elle, en raison de l’obstruction climatique des lobbys des énergies fossiles. Sur la place des Nations, la présidente des Vert-e-s suisses Lisa Mazzone a accusé les politiciens de droite de nier l’urgence climatique, puis de refuser de la reconnaître.

Les manifestations ont ainsi porté des revendications à la fois nationales et locales. Les protestataires ont demandé des mesures de protection contre les vagues de chaleur, la sécheresse et le stress hydrique, ainsi que des mesures de réduction des émissions de dioxyde de carbone. En traversant deux grandes villes, ils ont transformé les critiques de la politique en une démonstration publique de pression.

La sécheresse met l’adaptation au premier plan

L’eau est devenue l’une des préoccupations les plus immédiates des manifestants. Vincent Fontannaz, acteur de 47 ans, a participé à la manifestation lausannoise déguisé en énorme goutte d’eau. Il a déclaré que la pénurie touchait bien plus que les loisirs, et a cité l’agriculture ainsi que la capacité du pays à subvenir à ses besoins.

Les conditions de l’été ont eu des conséquences concrètes. The Local a rapporté que les vagues de chaleur avaient contraint une centrale nucléaire à fermer et contribué à faire baisser le niveau du lac de Zurich à un niveau historiquement bas. La baisse du niveau des eaux et les températures élevées peuvent peser sur l’agriculture, la production d’énergie et les écosystèmes. Les militants ont estimé que ces problèmes nécessitent des mesures anticipées, en plus de réductions des émissions.

Laurent Guidetti, architecte de 55 ans, portait un masque à gaz fabriqué à partir de bouteilles en plastique. Il a expliqué que son appartement bien isolé restait frais la nuit, ce qui lui procurait une protection dont beaucoup de personnes ne bénéficient pas. Cette expérience l’a amené à s’intéresser aux habitants de logements moins efficaces sur le plan énergétique, davantage exposés lors des épisodes de chaleur prolongés.

Sa préoccupation reflète un débat qui prend de l’ampleur en Suisse sur l’adaptation. Les villes ont commencé à renforcer leurs mesures face aux vagues de chaleur, selon Swissinfo.ch, mais le pays ne dispose toujours pas d’une stratégie nationale. Les manifestants ont affirmé que la protection contre la chaleur, la gestion de l’eau et les normes de construction devaient désormais faire partie intégrante des politiques publiques.

L’arrêt de la Cour accentue la pression

Le bilan climatique de la Suisse est désormais examiné au-delà de ses frontières. En 2024, la Cour européenne des droits de l’homme a jugé que la Suisse n’avait pas fait assez pour lutter contre le changement climatique. Selon The Local, c’était la première fois qu’une cour internationale statuait contre un pays sur cette question.

Cette décision fait désormais partie du contexte politique des dernières manifestations. Guillaume Matthey, militant syndical de 31 ans qui a défilé à Lausanne, a déclaré espérer que la mobilisation débouche sur un nouveau cycle de pression publique durable sur les responsables politiques et financiers. Sa remarque soulignait le rôle des banques, des investisseurs et de l’industrie, aux côtés de l’administration fédérale.

D’autres manifestants ont abordé le débat sous l’angle des dépenses publiques. Yves Froidevaux, un manifestant sexagénaire, a déclaré que les autorités devaient agir et s’est demandé comment la Suisse pouvait financer des armes sans s’attaquer aux risques climatiques. Ses propos reflétaient la frustration plus générale exprimée pendant la marche, où la politique environnementale était évoquée en même temps que les priorités nationales et la protection sociale.

La décision de la Cour européenne ne prescrit pas un ensemble unique de mesures. Elle offre toutefois aux militants un point de référence juridique pour faire pression sur Berne afin qu’elle renforce son action climatique. Les marches ont rendu cette pression plus visible dans deux des plus grandes villes francophones de Suisse.

Les organisateurs prévoient d’élargir la campagne

La campagne de protestation se poursuivra dans toute la Suisse jusqu’au 2 octobre. Les organisateurs affirment que les marches de Genève et de Lausanne marquent le début d’un mouvement de plus longue durée, destiné à maintenir le changement climatique en tête de l’agenda politique et à protéger des vies lors des prochaines vagues de chaleur.

La prochaine étape permettra de voir si la coalition peut maintenir la participation observée dans les deux villes. Plus de 100 organisations et partis politiques ont soutenu l’action de samedi, réunissant des groupes écologistes, des militants politiques, des syndicats et des habitants préoccupés par l’eau, le logement et l’agriculture.

Les militants ont averti que les étés suisses pourraient atteindre 50 °C d’ici à 2050 si le cap n’est pas changé. Cette projection, citée par Swissinfo.ch, est devenue la mise en garde la plus emblématique du mouvement, même si les demandes immédiates en matière de politique sont plus concrètes : meilleure préparation aux vagues de chaleur, réductions plus importantes des émissions, protection des personnes vulnérables et investissements dans la résilience climatique.

Pour les habitants, l’été a fourni toute une série de signes tangibles, de la pénurie d’eau aux pressions sur les infrastructures énergétiques. Pour le gouvernement fédéral, les manifestations ajoutent une pression venue de la rue à un débat déjà marqué par la Cour européenne des droits de l’homme. De nouvelles marches dans les villes et les localités suisses montreront si la mobilisation de samedi devient une campagne nationale durable ou reste concentrée en Suisse romande.