Économie
Les membres de Migros appelés à se prononcer sur la fusion des coopératives régionales
Migros envisage de fusionner ses dix coopératives régionales, sous l’effet des pressions financières et de résultats inégaux qui poussent le groupe à se restructurer. Les membres auront le dernier mot sur les changements proposés.

Les dix coopératives régionales de Migros soutiennent une fusion, alors que les tensions financières croissantes mettent à l’épreuve la structure décentralisée du groupe. La proposition réunirait les coopératives au sein d’une organisation unifiée, après des années de résultats inégaux et de préoccupations en matière de gouvernance. Ce sont les membres, et non les responsables régionaux, qui décideront de la suite à donner.
La pression est visible à Zurich. L’an dernier, sa coopérative a essuyé une perte de 180 millions de francs, notamment en raison des coûts liés à l’enseigne allemande Tegut. La concurrence s’intensifie également en Suisse : Aldi et Lidl concurrencent Migros, tandis que les magasins du Tessin, de Bâle et de Genève font face à celle de détaillants situés de l’autre côté de la frontière.
Les régions de Migros ont chacune leur propre direction, leur conseil d’administration et leurs comptes, et publient des rapports annuels distincts. Cette autonomie confère un pouvoir considérable aux responsables régionaux. La réforme proposée vise à répondre aux tensions et aux faiblesses mises en évidence par des décisions prises au sein d’un groupe décentralisé. Les dix coopératives se disent favorables à la fusion, mais le vote des membres en déterminera le sort.
Retracer le coût de l’expansion
Un pari coûteux en Allemagne est devenu un test pour mesurer le degré d’autonomie régionale que Migros peut maintenir. Migros Zurich a racheté la chaîne de supermarchés bio Tegut en 2013. L’investissement a coûté plusieurs centaines de millions de francs, et l’entreprise est désormais en cours de vente. La perte de 180 millions de francs essuyée l’an dernier par la coopérative zurichoise illustre les conséquences d’une importante expansion menée dans le cadre de la structure régionale.
Les difficultés ne se limitent pas à Zurich. Aldi et Lidl ont intensifié la concurrence en Suisse, tandis que les supermarchés Migros au Tessin, à Bâle et à Genève doivent aussi composer avec des magasins situés juste de l’autre côté de la frontière. La coopérative tessinoise est déficitaire et c’est la plus petite des dix.
Les régions fonctionnent avec des équipes de direction, des conseils d’administration et des comptes distincts. Cette structure peut laisser une influence considérable aux responsables locaux. Le projet de regroupement de Migros intervient après une période où les coopératives ont fait face à des pressions commerciales très différentes, de l’investissement allemand de Zurich à la concurrence frontalière dans le sud et l’ouest. Leurs responsables se sont ralliés au projet de fusion, mais les membres auront le dernier mot.
Faire face aux enjeux de gouvernance et aux disparités régionales
Un scandale passé au sein d’une coopérative a mis en évidence les risques liés aux larges pouvoirs accordés aux responsables régionaux. À la coopérative Neuchâtel-Fribourg, un conflit qui durait depuis longtemps a atteint son paroxysme il y a sept ans, lorsque son président a été accusé de fraude et de détournement de fonds. Le siège de Migros à Zurich a tenté de le démettre de ses fonctions. Quelque 50 000 membres ont participé au vote qui a suivi, entaché par la falsification de bulletins.
Cet épisode a soulevé des questions sur la capacité du groupe décentralisé à superviser ses organisations régionales. Chaque coopérative a sa propre direction, son conseil d’administration et ses comptes, et publie un rapport annuel distinct. Cette organisation confère de l’indépendance aux régions, mais fait aussi de la gouvernance un enjeu central du débat sur la fusion.
Les coopératives varient fortement par leur taille. Zurich est la plus grande en termes de ventes, avec un chiffre d’affaires annuel d’environ 4 milliards de francs. La Suisse orientale emploie le plus grand nombre de personnes, soit 8 466 collaborateurs, tandis que le Tessin est la plus petite coopérative. Réunir des organisations aussi différentes transformerait un groupe dont les régions fonctionnent depuis longtemps avec des directions et des ressources distinctes.
Soumettre la décision aux membres
Les 2,3 millions de membres des coopératives Migros décideront si la restructuration doit avoir lieu. Au moins 25 % des membres doivent participer au vote et les deux tiers des votants doivent soutenir la proposition. Le seul soutien des directions régionales ne suffira pas à la faire approuver.
Il est possible de devenir membre en ligne et de voter par voie électronique, ce qui ouvre le scrutin à un large cercle de participants. Cette décision intervient alors que Migros poursuit la réduction et la réorganisation de ses activités. Depuis 2018, le groupe a supprimé ou externalisé près de 15 000 emplois et vendu des entreprises, dont Hotelplan, Globus, Melectronics, SportX, Micasa et Mibelle.
La vente de Tegut transférera plus de 7 000 collaborateurs à son nouveau propriétaire cette année. Le vote sur la fusion déterminera si Migros modifie également l’organisation de ses dix coopératives régionales. Pour les membres de toute la Suisse, il s’agit d’une décision directe sur la structure future de l’un des plus grands groupes de commerce de détail du pays.