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Swiss Observer

Céline Amaudruz brigue un siège au Conseil fédéral

La vice-présidente de l’Union démocratique du centre, Céline Amaudruz, brigue un siège au Conseil fédéral et estime que son parti doit conserver une représentation romande. Sa candidature ajoute une dimension régionale et de genre à la course à la succession de Guy Parmelin.

Céline Amaudruz brigue un siège au Conseil fédéral
AILe News

Céline Amaudruz a lancé la course à la succession de Guy Parmelin, plaçant les équilibres linguistiques, de genre et de parti au cœur de la prochaine élection au Conseil fédéral. La politicienne genevoise de 47 ans a annoncé sa candidature jeudi. Elle est la première personne à briguer officiellement le siège de l’Union démocratique du centre (UDC).

Guy Parmelin quittera le gouvernement à sept le 31 décembre, à la fin de son deuxième mandat de président de la Confédération. Âgé de 66 ans, il a annoncé sa démission le 2 octobre, après onze ans au gouvernement. Il a déclaré à la RTS que son enthousiasme s’était émoussé et qu’il voulait faire place à une nouvelle énergie.

Selon la formule non écrite de partage du pouvoir en Suisse, le siège devrait rester à l’UDC. L’UDC, le Parti socialiste et le PLR détiennent chacun deux sièges au Conseil fédéral, tandis que Le Centre en détient un. Le Parlement élira la personne qui succédera à Guy Parmelin le 9 décembre.

Céline Amaudruz a placé sa candidature sous le signe de l’ancrage national du parti. Elle estime que l’UDC devrait conserver une voix romande au gouvernement, d’autant que son principal bastion électoral se trouve à l’est de la frontière linguistique. Elle présente aussi un profil encore peu courant dans les rangs fédéraux du parti : elle est une personnalité genevoise de premier plan, dans un groupe parlementaire dominé par des hommes alémaniques.

Mettre la représentation régionale au cœur du scrutin

La candidature de Céline Amaudruz confronte l’UDC à un problème de représentation, visible tant dans ses rangs élus que dans sa base électorale. La délégation du parti au Conseil national élue en 2023 était composée à quatre cinquièmes d’hommes, tandis que son soutien demeurait plus fort chez les hommes que chez les femmes. Trente pour cent des électeurs ont voté pour l’UDC en 2023, contre 24 % des électrices.

La fracture linguistique est tout aussi nette. L’UDC a obtenu 31 % des voix en Suisse alémanique, son meilleur résultat régional, avec une nette avance sur ses rivaux. En Suisse romande, elle a recueilli 20 %, derrière le Parti socialiste et juste devant le PLR.

Depuis des années, Céline Amaudruz est l’une des personnalités romandes les plus visibles du parti. Élue au Parlement en 2011, elle est vice-présidente de l’UDC. Son accession au Conseil fédéral donnerait au parti une ministre genevoise. Le canton de Genève n’a plus eu de représentante au Conseil fédéral depuis le départ de Micheline Calmy-Rey en 2011.

L’argument régional est aussi pratique que symbolique. Céline Amaudruz a déclaré qu’elle défendrait les intérêts de la Suisse romande en matière de transports et de criminalité, deux domaines où les décisions prises à Berne ont des conséquences directes pour les gouvernements cantonaux et les collectivités urbaines.

Obliger l’UDC à choisir ses équilibres

L’UDC doit maintenant décider si sa liste de candidatures doit refléter la carte linguistique du pays aussi fidèlement que son poids électoral. Céline Amaudruz a déclaré que le parti serait confronté à un problème s’il perdait sa présence romande au Conseil fédéral. Elle souhaite qu’au moins une personne de Suisse romande figure sur la liste finale présentée au groupe parlementaire.

Son argument pèse d’autant plus que la succession devrait respecter la formule actuelle de répartition des sièges entre partis. L’UDC ne se dispute pas un siège vacant entre les partis politiques. Elle cherche à défendre l’un de ses deux sièges au gouvernement tout en choisissant une personnalité capable de représenter un parti dont les soutiens et l’organisation sont concentrés dans les cantons alémaniques.

Céline Amaudruz n’a pas indiqué de département de prédilection. « Je suis candidate au Conseil fédéral, pas à un département en particulier », a-t-elle déclaré aux journalistes, tout en reconnaissant avoir des préférences. Elle s’est dite prête à servir la Suisse et a décrit ses priorités : un pays fort sur les plans économique et social, ouvert, souverain et sûr.

Son entrée en lice met aussi le parti face à un enjeu clair d’égalité entre les genres. Si elle était élue comme candidate officielle de l’UDC, elle serait la première femme à entrer au Conseil fédéral avec le soutien du parti. Le gouvernement compterait alors trois femmes parmi ses sept membres.

Suivre les candidatures avant le scrutin

La course reste ouverte, mais plusieurs noms ont déjà été écartés. Esther Friedli, conseillère aux États saint-galloise, a renoncé à se présenter. Marcel Dettling, président de l’UDC, et Sylvain Freymond, conseiller national vaudois, ont également annoncé qu’ils ne brigueraient pas le siège.

Natalie Rickli reste une candidate potentielle. La membre du gouvernement zurichois et ancienne conseillère nationale n’a pas encore tranché, et sa décision est l’une des plus attendues avant la date limite de dépôt des candidatures.

Le calendrier donne à Céline Amaudruz une longueur d’avance pour définir les termes du débat. Elle peut se présenter comme une candidate ayant une expérience nationale, un mandat régional clair et un parcours au sein de la direction du parti. Les autres personnes intéressées devront expliquer comment elles préserveraient l’influence de l’UDC au gouvernement tout en répondant à la faible représentation du parti parmi les femmes et les électeurs romands.

La procédure interne va avancer rapidement. Les candidatures doivent être déposées d’ici au 23 octobre à midi. Le groupe parlementaire UDC publiera sa liste finale le 20 novembre. Puis l’Assemblée fédérale se prononcera le 9 décembre et choisira le membre du Conseil fédéral qui prendra ses fonctions après le départ de Guy Parmelin à la fin de l’année.

Laisser le scrutin de décembre définir le parti

L’élection de décembre mettra à l’épreuve la conception que l’UDC se fait de la représentation au sein du gouvernement de concordance suisse. Céline Amaudruz demande au parti de prendre en compte autre chose que la continuité idéologique pour défendre sa place au Conseil fédéral. Son argumentaire associe région, genre et expérience politique, Genève constituant un ancrage distinct des bastions traditionnels du parti.

Le choix aura des conséquences qui dépassent l’identité de la personne appelée à succéder à Guy Parmelin. Un conseiller fédéral UDC romand pourrait donner au parti une présence plus visible en Suisse romande, où il a obtenu 20 % des voix en 2023, bien moins que les 31 % recueillis en Suisse alémanique. Une femme genevoise modifierait également l’image d’un parti dont la délégation parlementaire reste très majoritairement masculine.

Céline Amaudruz a désigné les transports et la criminalité comme des domaines dans lesquels elle défendrait les intérêts de la Suisse romande, tout en gardant pour elle sa préférence en matière de département. Sa candidature offre ainsi au groupe parlementaire un profil régional bien défini, sans l’engager publiquement en faveur d’un département précis.

La décision immédiate revient au groupe parlementaire UDC. La décision finale appartient à l’Assemblée fédérale. D’ici au 9 décembre, la course montrera si la revendication traditionnelle du parti en matière de partage du pouvoir peut intégrer une définition plus large de la représentation de l’UDC à Berne.