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Swiss Observer

Richemont associé à un consortium candidat au rachat de De Beers

Richemont serait en pourparlers pour rejoindre un consortium qui cherche à racheter le producteur de diamants De Beers. Le groupe comprend l’ancien directeur général de De Beers Gareth Penny, les gouvernements de la Namibie et de l’Angola, ainsi que d’autres acteurs majeurs du secteur diamantaire.

Richemont associé à un consortium candidat au rachat de De Beers
AISWI swissinfo.ch

Richemont pourrait se rapprocher de la source de l’une des matières premières les plus disputées du secteur du luxe. Le groupe genevois serait en pourparlers avec le détaillant américain de bijoux Signet Jewelers pour rejoindre le Global Diamond Consortium, candidat au rachat de De Beers, selon Bloomberg. Cette information place Richemont au cœur d’une opération qui pourrait redéfinir les liens entre extraction de diamants, fabrication et commerce de détail de luxe.

Ces discussions n’ont pas été confirmées. Richemont, Signet Jewelers et le consortium n’ont pas confirmé leur intérêt pour le rachat de De Beers lorsqu’ils ont été contactés par l’agence. Le rôle du groupe suisse reste donc incertain, tandis que le consortium serait en bonne position dans les négociations avec Anglo American, l’actionnaire majoritaire de De Beers.

Pour Richemont, une éventuelle offre élargirait son champ d’action, au-delà des marques et des boutiques, à la chaîne d’approvisionnement. Le groupe possède notamment les maisons de joaillerie Cartier et Van Cleef & Arpels, dont les produits dépendent de l’accès aux pierres précieuses et de la confiance des consommateurs quant à leur provenance. Une participation au capital du producteur de diamants le plus connu au monde pourrait donner à Richemont un intérêt direct dans l’évolution de ce marché.

Cette information intervient alors que le secteur du diamant tente de se remettre d’une forte baisse de la demande. Ce contexte confère à l’opération envisagée un attrait stratégique, mais aussi des risques financiers considérables.

Un consortium forme une offre multinationale

Le Global Diamond Consortium serait devenu en juillet 2026 le candidat privilégié d’Anglo American. L’ancien directeur général de De Beers Gareth Penny dirige le groupe. Sa connaissance de l’entreprise et du commerce du diamant constitue un atout dans un processus qui a attiré des gouvernements, des producteurs et des acteurs de la joaillerie.

La composition annoncée confère à l’offre une dimension résolument internationale. La Namibie et l’Angola font partie du consortium, aux côtés de grands producteurs de diamants. Ces deux pays sont étroitement liés au secteur et pourraient apporter aux négociations sur l’avenir de De Beers leur expertise minière, leurs intérêts en matière de ressources et leur poids en tant qu’États.

Anglo American détient 85% de De Beers. Selon la structure de propriété établie du groupe diamantaire, le solde appartient au gouvernement du Botswana, même si l’information communiquée porte sur le projet de cession d’Anglo American. Cette dernière a déclaré vouloir vendre sa participation dans De Beers et indiqué que le processus pourrait débuter dès 2024.

Le statut annoncé de candidat privilégié ne garantit pas la conclusion de la transaction. Tout accord nécessiterait encore des négociations sur le prix, le financement, la gouvernance et les intérêts des partenaires actuels de De Beers. La participation de pays producteurs pourrait aussi placer le futur modèle de propriété au cœur de l’opération, notamment si les gouvernements cherchent à exercer une influence sur la commercialisation, les investissements et la création de valeur locale.

La participation de Gareth Penny apporte une continuité, tandis que l’intégration envisagée de Richemont et de Signet relierait plus directement l’extraction à la demande du luxe et du commerce de détail.

Un marché fragile met l’offre à l’épreuve

Le rachat de De Beers rapprocherait Richemont de la production de diamants à un moment délicat pour le secteur. Bloomberg a rapporté que la demande de pierres précieuses se redresse après l’une des crises les plus profondes du secteur. Le ralentissement a mis sous pression les entreprises minières, les grossistes, les détaillants et les groupes de luxe, révélant les risques liés à un marché où les prix et les préférences des consommateurs peuvent évoluer rapidement.

Les diamants subissent aussi une pression structurelle liée à l’évolution des goûts et à la concurrence des pierres produites en laboratoire. L’information communiquée ne chiffre pas le recul du marché et ne donne pas de calendrier de reprise. La situation financière de De Beers et la valeur de l’offre du consortium restent donc incertaines. L’intérêt annoncé laisse néanmoins entrevoir une possible volonté de sécuriser une influence sur l’approvisionnement à mesure que le marché se stabilise.

La participation de Richemont répondrait à une logique différente de celle d’une entreprise minière. Cartier et les autres activités de joaillerie du groupe vendent des produits finis, dont la valeur dépend de l’histoire de la marque, du savoir-faire et des garanties concernant l’approvisionnement en pierres. Une implication directe dans un producteur pourrait offrir une meilleure visibilité sur l’approvisionnement et la provenance, mais exposerait aussi le groupe de luxe aux risques liés à l’extraction, aux matières premières et à la géopolitique.

Signet Jewelers apporterait à l’alliance envisagée le point de vue d’un grand détaillant. Les discussions rapportées avec Richemont suggèrent que le consortium examine l’ensemble de la chaîne commerciale, de l’extraction et du tri jusqu’aux comptoirs de joaillerie des grands marchés de consommation. Aucune des deux entreprises n’a confirmé que les discussions déboucheraient sur un investissement.

La Suisse observe la suite des événements

Les investisseurs suisses et le personnel de Richemont ont des raisons de suivre de près cette opération, avant même qu’une offre ne soit rendue publique. Richemont a son siège à Bellevue, dans le canton de Genève, et ses activités couvrent la joaillerie, l’horlogerie et d’autres produits de luxe. Une entrée au capital de De Beers marquerait un changement important dans l’exposition du groupe, en reliant son ancrage suisse à des actifs miniers et aux enjeux politiques des pays producteurs d’Afrique australe.

L’entreprise examine déjà certaines parties de son portefeuille. Richemont restructure sa marque horlogère Montblanc, basée au Locle, et a annoncé des suppressions de postes sur ce site en octobre 2026. Les discussions rapportées autour de De Beers interviennent donc en parallèle de décisions plus larges concernant les coûts, les marques et l’allocation du capital au sein du groupe.

L’information communiquée ne précise ni la valeur de la transaction, ni le plan de financement, ni la part du capital concernée. Rien ne confirme non plus que Richemont rejoindra le consortium. Ces lacunes sont importantes. Une participation minoritaire aurait des conséquences financières et opérationnelles différentes d’une prise de contrôle, tandis qu’une participation aux côtés de la Namibie et de l’Angola pourrait nécessiter une structure de gouvernance différente de celle d’un rachat classique entre entreprises.

Les prochains signes viendront du processus de vente d’Anglo American et d’éventuelles déclarations officielles de Richemont, de Signet ou du Global Diamond Consortium. D’ici là, les discussions rapportées indiquent clairement où les groupes de luxe pourraient chercher à renforcer leur résilience : dans un contrôle accru des matières premières rares, une meilleure visibilité sur la chaîne d’approvisionnement et des partenariats reliant les producteurs aux clients finaux.